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"Equation 40" - 220 X 110 cm - 2011

Jean-François Coadou

Jean-François Coadou


Né en 1948, Jean-François Coadou vit et travaille dans le Vaucluse.

« La série des EQUATIONS, apparue en mars 2007, fait suite à la série des SCULPTURES SILENCIEUSES.
Il y a dans cette succession une nécessité et une logique que je vais tenter ici, en essayant d'abord de les saisir pour moi-même, d'expliciter.

Les antécédents et ce que j'en disais :

Commencée en 2000, la série en cours des sculptures silencieuses se veut l'aboutissement provisoire d'une recherche sur le thème de la fOlie. Elle s'inscrit dans la suite logique d'un travail sur le chaos, sur l'architecture autoritaire, et plus précisément sur le garde-fou.
Contrairement aux garde-fous, métonymies qui, par leur fonction réelle et clairement affichée d'obstacle, par leur partition de l'espace en territoire interdit et territoire autorisé, provoquaient le contournement, l'enjambement ou l'obéissance de la part d'un spectateur désiré actif, les sculptures silencieuses n'attendent nulle réponse ni ne provoquent aucune participation du public. Horizontales et définitives, aussi lourdes que serait légère la prière, aussi muettes que bavarde la plainte, elles requièrent de la part d'un spectateur exclu, l'attitude du simple constat.
Construites autour du trOu fondamental qu'elles étayent, elles s'efforcent au silence, et en cela sont, malgré leur apparence défunte, métaphoriquement actives.
Leur nombre croissant ne se justifie que par la recherche d'une efficacité de contention sans cesse accrue car le trOu (ou le "creusant" plutôt que le creux) qui les précéda, qui déclencha leur production et sans lequel elles n'existeraient pas, est en constante et dangereuse expansion.

Ou encore ...

Nous sommes devant des objets que je construis et appelle "sculptures silencieuses", et que certains, de l'endroit de vindicte où ils se tiennent, jugent "tas de ferraille rouillée"...
"tas de ferraille rouillée", pourquoi pas en effet, puisqu'il faut bien, d'une façon ou d'une autre, nommer ces "choses" surgies devant nous, ces blocs pesants de réel qui, comme le veut la Sculpture, font obstacle à nos pas et à notre pensée. Chacun, donc, désignera ces choses avec le vocabulaire et le niveau de réflexion dont il dispose...
"tas de ferraille rouillée" certes, mais singulièrement voulus, élaborés, mathématisés, conçus pour chacune des pièces de la série, comme la dernière possible, avec un désir sans cesse réitéré de totalité (plutôt que de perfection) ne laissant nulle place à une quelconque velléité d'intervention matérielle ou même de commentaire esthétique.
Toutes ces sculptures s'organisent, comme vous et moi, autour du trou, béant ou occulté, et bien qu'ayant entre elles, comme vous et moi, un air de famille certain, elles sont fondamentalement seules, comme v[o]us et m[o]i.
Précipités de poésie solidifiée, expression métaphorique de l'autisme (exclues et excluantes), en danger d'implosion, elles s'emploient avec une obstination folle, à contenir ce trou (ce "creusant"), en lui donnant du bord, et encore du bord, et du bord de bord, et...

Progressivement, les dernières sculptures silencieuses réalisées de la série (des n° 70 à 80) connurent une avancée remarquable : au lieu de rester forteresses closes sur elles-mêmes, occultant ou exhibant un trou central vertigineusement vide, elles présentèrent un contenu jusqu'alors insoupçonné, souvent sous la forme d'une pyramide, synthèse du triangle (dynamique) et du carré (adynamique).
Il y avait là comme un désir d'accouchement après une longue, muette et douloureuse gestation ...

Ainsi sont nées les EQUATIONS, "choses" énigmatiques, toutes issues du cube originel dont elles gardent, malgré une diversification formelle rapide, la ressemblance de l'une à l'autre qu'imposent filiation et sororité, et ainsi nommées car, tenant à la fois de l'évidence et de l'indicible, elles sont simultanément question et réponse.
Il ne s'agit pas avec cette série, pas plus d'ailleurs qu'il n'en fut question avec les précédentes, d'ajouter encore et encore des objets à un monde qui en compte déjà beaucoup trop. On ne sort pas du silence de l'autisme pour le bavardage car, précisément, si les autistes acceptaient comme nous de "parler pour ne rien dire", ils ne seraient pas autistes. Dans la mise au jour des équations, se joue, se donne à voir, quelque chose d'actif, de fondamentalement humain, de sacré et imprononçable comme, peut-être, le perdu-retrouvé ..." J.F. COADOU

Réalisé par Com-Océan